Vaste coup de filet policier dans une DZ Mafia en pleine recomposition
Les 42 interpellations largement médiatisées de cette semaine sont loin de signifier la fin du « cartel ». Quels sont les piliers de la DZ en fuite, les profils des interpellés et leurs territoires ?

L’opération est (et se voulait) spectaculaire. Nom de guerre: Octopus… En début de semaine, les gendarmes de la section de recherches de Marseille ont procédé à un vaste coup de filet à l’encontre de la DZ Mafia, organisation aux méthodes particulièrement violentes présente un peu partout en France. 42 personnes ont été interpellées dans la France entière, dont trois chefs présumés de cette organisation criminelle : Amine Oualane, Gabriel Ory et Madhi Zardoum. Ces trois hommes, qui étaient déjà emprisonnés puisque mis en examen pour de nombreux faits criminels, sont suspectés par les enquêteurs de continuer, derrière les barreaux, à diriger la DZ Mafia.
Cela n’empêche pas depuis des semaines, les ministres de l’Intérieur et de la Justice, Laurent Nuñez et Gérald Darmanin de multiplier les discours guerriers contre la DZ Mafia comme on mobiliserait la pensée magique. Dans le cadre de cette offensive de communication, le garde des Sceaux a été jusqu’à échanger sur la problématique du narcotrafic avec le journaliste italien Robert Saviano – tout un symbole – lui qui est poursuivi par la mafia italienne :
Ce coup de filet des gendarmes donne donc l’occasion aux deux ministres régaliens de s’auto-congratuler dans les médias. Voilà pour la communication. Ce n’est d’ailleurs pas la première opération d’envergure : fin 2024, une quarantaine de membres supposés de la DZ Mafia avaient déjà été interpellés.
L’opération de cette semaine s’est soldée par 26 mises en examen (dont quinze placements en détention provisoire) a annoncé samedi le procureur de Marseille. Neuf des mis en examen sont des femmes, ce qui témoigne, pour les autorités, d’une « véritable féminisation du narcobanditisme ». Deux rappeurs sont également mis en cause : Dika, mis en examen et placé sous contrôle judiciaire, et KITKVT, lui placé en détention provisoire. Issu de la place marseillaise, Dika apparaît dans les années 2010 et compte quelques millions de vues sur YouTube. Au final, ceux que les autorités présentent comme les têtes de la DZ étaient déjà derrière les barreaux. Je vais vous le relater dans cet article mais bien d’autres figures du groupe criminel restent en liberté.
L’enquête initialement dans les mains de la police judiciaire, et finalement confiée aux gendarmes en novembre 2024, ambitionnait de démanteler la structure même de la DZ Mafia, d’en attaquer « le cœur », selon les mots de Nicolas Bessone, le procureur de Marseille, en ciblant notamment la « direction d’un groupement criminel ayant pour activité le trafic de drogue », infraction qui peut valoir la prison à perpétuité. Pourtant, la DZ Mafia n’est pas une organisation à la hiérarchie claire et fonctionne avant tout par les réseaux sociaux et messageries sécurisées. Face à cette dématérialisation des échanges et organisation en ligne du crime, les services de l’État semblent démunis.
N’en déplaise aux ministres, la situation reste alarmante. C’est ce que concluait déjà un rapport édifiant de trente-cinq pages sur « les influences nationales du crime organisé marseillais », que j’ai pu consulter en janvier dernier. Rédigé le 21 juillet 2025, ce rapport a été produit par les policiers du SIRASCO (Service d’information, de renseignement et d’analyse stratégique sur la criminalité organisée), qui dépend de la direction nationale de la Police Judiciaire (PJ). Dans ce rapport, on trouve beaucoup éléments sur les récents interpellés mais également sur les nombreuses figures de la DZ qui restent en fuite, et poursuivent leur contrôle du narcotrafic en France depuis l’étranger. Les policiers ont ainsi listé toutes les zones où la DZ Mafia continue de développer ses activités…
« Des contacts noués en détention avec la criminalité corse »




