Quand Epstein, Andrew et Barak chassaient les millions à l'international
Kazakhstan, Azerbaïdjan, Libye, Mongolie : le trio jouait les intermédiaires dans ces pays à risque de corruption. Tout était bon pour atteindre les mêmes gains « astronomiques » que Tony Blair.

C’est un document précieux : une conversation enregistrée début 2013 entre Jeffrey Epstein, Ehud Barak, l’ancien Premier ministre israélien, et Larry Summers, l’ancien secrétaire d’État au Trésor américain et ex-président de l’université d’Harvard. L’enregistrement de près de 3h30 – manifestement réalisé par Jeffrey Epstein lui-même – a été rendu public fin janvier par la justice américaine parmi les nombreux « Epstein files » . Ce document permet une plongée inédite dans l’intimité de travail d’une élite globalisée sans cesse en voyages et qui passe une bonne partie de son temps en avion. « Passer la plupart de mon temps hors du pays ne me pose aucun problème », confie Ehud Barak à ses amis.
Les trois hommes partagent un repas dans un lieu indéterminé – a priori dans l’une des résidences de Jeffrey Epstein – quelques semaines avant le départ d’Ehud Barak du gouvernement israélien à la mi-mars 2013. L’ancien Premier ministre israélien travailliste est alors ministre de la Défense d’un gouvernement de coalition dirigé par Benjamin Netanyahou. Fin 2012, il a déjà annoncé publiquement l’intention de mettre fin à sa carrière politique. Et c’est tout l’intérêt d’écouter en intégralité l’enregistrement. Avec Larry Summers (qui vient de démissionner de son poste d’enseignant à Harvard) et Jeffrey Epstein, Ehud Barak n’échange pas uniquement sur la situation politique et internationale, il évoque aussi longuement son avenir – il rappelle avoir 71 ans – et ses projets dans le monde des consultants internationaux, du conseil aux États et des jetons de présence dans les conseils d’administration des grandes multinationales ou des start-up de la tech.
Polémique en Israël, attaques de Netanyahou
Dans la presse israélienne, un court extrait de cet enregistrement a suscité la polémique : lorsque Barak explique à Summers qu’il lui apparaît nécessaire de « contrôler la qualité » de l’immigration en Israël. Les «pères fondateurs» d’Israël «prenaient tout ce qui se présentait», et notamment les «vagues en provenance d’Afrique du Nord, des pays arabes ou d’ailleurs», assure-t-il. «Aujourd’hui, nous pouvons être plus sélectifs». Sa méthode ? «Ouvrir la voie à une conversion massive au judaïsme», propose Barak. Il s’agit donc d’assouplir les règles de conversion en «cassant le monopole du rabbinat orthodoxe », notamment sur le «mariage», les «funérailles» et la «définition d’un juif». L’ex-premier ministre fait le pari qu’avec un état d’esprit «beaucoup plus ouvert», Israël pourrait «facilement accueillir un million» de personnes en plus. «C’est un pays prospère, beaucoup vont postuler ». Ehud Barak fait référence à la vague d’immigration en provenance de l’ancienne Union soviétique dans les années 1980 et au début des années 1990. «Ce million de Russes a radicalement changé Israël», assure Barak. «Je disais souvent à Poutine : “Ce qu’il nous faut, c’est juste un million de plus”. [...] Beaucoup de jeunes filles viendraient, grandes, minces.»
Benjamin Netanyahou s’est immédiatement emparé de cette « révélation stupéfiante » pour critiquer Ehud Barak, cette ancienne figure de la gauche israélienne qui ne cache plus son envie ces derniers mois de revenir dans l’arène politique. «Lorsque la gauche et son messie Ehud Barak ne parviennent pas à remporter les élections, ils essaient de remplacer le peuple », a réagi Netanyahou. Sur X, l’actuel Premier ministre s’est servi de la relation étroite entre Barak et Epstein pour dire que cela prouvait que ce dernier ne travaillait pas pour Israël.
En novembre dernier, quand avaient été dévoilés des échanges entre Steve Bannon et Jeffrey Epstein qui affirmait soutenir un retour en politique du travailliste, Netanyahou avait étrangement répliqué sur X en publiant sans faire un commentaire un article du magazine américain Jacobin, dans lequel était pourtant évoqué une éventuelle collaboration de Jeffrey Epstein avec les services israéliens : « Il est grand temps de s'interroger sur les liens de ce milliardaire pédocriminel avec Israël », écrit en effet la publication américaine :
Cet échange sur l’immigration en Israël n’est qu’une petite partie de l’enregistrement, que j’ai écouté en intégralité. Bien d’autres éléments importants s’y trouvent qui permettent de mieux cerner le rôle du pédocriminel Epstein auprès de l’ancien Premier ministre israélien comme auprès d’autres grandes figures de la politique et de l’économie mondiale.
« Cela ne peut justifier notre faillite »
La conversation commence ainsi par l’analyse de la personnalité du président Obama, qui venait de commencer son second mandat à la Maison-Blanche. À ce moment là du repas, Jeffrey Epstein reste relativement silencieux, et préfère écouter (et enregistrer) ses convives discourir sur les grands de ce monde. « Obama m’a impressionné », confie Ehud Barak. Selon lui, le président américain est une personne qui fonctionne d’une manière particulièrement « autonome », contrairement à bien d’autres leaders qui cherchent avant tout l’assentiment de leur entourage ou de leur public. « Une force », ajoute-t-il, en précisant qu’Obama est aussi « extrêmement cérébral ». L’Israélien compare un tel fonctionnement avec un ex-président américain que les trois convives connaissent bien : « Je n’ai pas vu chez lui ce que nous connaissons chez Bill Clinton ». Ce dernier « voulait juste de l’amour », abonde Larry Summers, qui rappelle au passage qu’à l’inverse, Obama avait été surnommé durant ses campagnes le « Jésus Noir ».
Pour un prédateur qui cherche la compagnie des puissants, ces témoignages sont précieux. À l’origine, Jeffrey Epstein rencontre le président Clinton en 1993 ; il vient d’être élu quelques mois plus tôt. C’est en tout cas ce qu’affirme devant la justice américaine Ghislaine Maxwell, compagne d’Epstein à l’époque de la rencontre, qui se serait chargée des présentations. Très vite, les Epstein-Maxwell deviennent des habitués de la Maison-Blanche, où ils se rendent au moins 17 fois selon les registres officiels entre 1993 et 1995. Plus tard, Epstein finance la fondation caritative de l’ex-président. Selon les médias américains, Bill Clinton apparaîtrait 26 fois comme passager de l’avion d’Epstein, le tristement célèbre Lolita Express, entre son départ de la Maison-Blanche en 2001 et les derniers échanges connus entre les deux hommes en 2003. Sur ces éléments, Bill et Hillary Clinton sont entendus depuis hier par la commission d’enquête du Congrès américain portant sur l’affaire Epstein.
La conversation continue ensuite sur les enjeux géopolitiques du moment. L’Iran et son programme nucléaire, qui permettrait avant tout d’assurer « la continuité » du régime selon Ehud Barak, les besoins économiques des voisins d’Israël : les Égyptiens, mais également les Émiratis et les Saoudiens. « Je pense qu’il faut lancer une initiative américaine pour créer un système de sécurité régionale fondé sur l’Amérique, l’Europe, les pays modérés et Israël », explique alors celui qui est encore ministre de la Défense pour quelques jours. On comprend grâce à cet échange qu’un leader israélien comme Ehud Barak réfléchit dès cette époque aux futurs « accords d’Abraham » (signés en 2020) qui lient enjeux économiques, sécuritaires et diplomatiques entre les États signataires dans le cadre d’une normalisation de leurs relations avec Israël.
Les « leaders modérés et sunnites » du Moyen-Orient, « les monarques et les émirs », rappelle Barak, « ne s’intéressent pas aux Palestiniens », mais doivent gérer « les peuples dans leurs rues ». « Les gens sentent qu’on ne peut rien leur donner. C’est vrai. Pour les Palestiniens, on ne peut rien leur donner. Mais dès lors qu’on met dans l’équation le monde arabe modéré, ça s’arrêtera », ajoute-t-il. Ehud Barak semble ensuite se désoler de ce qu’il appelle ironiquement le « succès de Bibi », le fait d’avoir « réussi à convaincre » l’opinion publique israélienne « que nous avions fait notre part, que nous avions essayé », laissant à Yasser Arafat l’entière responsabilité de l’échec des négociations entre Israéliens et Palestiniens, « ce qui n’est pas vrai », ajoute l’ancien Premier ministre. Si Américains et Européens ont « fait des erreurs » et qu’Arafat est aussi « responsable », « Cela ne peut justifier notre… comment dire… notre faillite ».
« Je cherche à faire plus d’argent »
Après ces propos, Summers questionne Barak sur ses expériences dans le secteur privé. C’est alors que l’ancien Premier ministre israélien lâche : « Je cherche à trouver des façons de faire plus d’argent ». Tout en ayant le souci de se lancer dans des activités de conseil qui ne l’empêcheraient pas de revenir un jour à la politique. Summers acquiesce et ajoute qu’il est encore plus difficile de trouver des domaines qui suscitent suffisamment d’« adrénaline ». Les trois amis passent alors en revue les États en recherche de conseils de haut niveau, notamment financiers. Epstein explique qu’il est nécessaire de parler aux dirigeants de « l’industrie », de « sécurité alimentaire » et des « ressources naturelles » pour les intéresser.
À ce stade de la discussion, le financier intervient davantage, multipliant les conseils à Ehud Barak, presque comme un coach. C’est alors que l’ancien Premier ministre israélien explique avoir déjà constitué par le passé un « groupe de consultations » avec l’Union Européenne et le diplomate norvégien Terje Rød-Larsen, l’un des architectes des accords d’Oslo, « pour donner des conseils stratégiques sur la macro-économie, la finance, la sécurité, et les relations internationales ». La valeur ajoutée de ce genre de conseils aux États est d’abord de faciliter les contacts avec les grandes puissances, de mettre à disposition les carnets d’adresse des uns et des autres auprès des dirigeants de pays étant loin d’avoir la capacité diplomatique de s’imposer dans les cénacles de la globalisation.
Dix ans auparavant, Nazarbaïev, qui dirige alors d’une main de fer le Kazakhstan, est ainsi venu solliciter Barak au sujet d’une enquête américaine visant son pays. Plus loin, l’israélien évoque également ses liens avec l’autocrate azerbaïdjanais Ilham Aliyev : « son père était le chef du parti communiste et le représentant du KGB », remarque-t-il. Et d’ajouter : « Nous devons avoir de bons contacts partout dans le monde. Quand j’ai pris les Mongols, ils m’ont demandé s’ils pouvaient parler à Poutine. C’est important pour eux parce qu’il y a beaucoup d’antagonismes » avec la Russie. L’ancien Premier ministre rappelle également à ses interlocuteurs que l’expérience d’Israël dans la « réutilisation de l’eau » et son « efficacité à utiliser l’eau » est un atout pour approcher les dirigeants. Et de se féliciter : « Nous avons l’agriculture la plus sophistiquée de la Terre ».

Plusieurs pays africains sont cités comme des cibles à prospecter : l’Afrique du Sud, la République Démocratique du Congo, ou l’Angola, trois pays riches en ressources naturelles. Mais Epstein fait état de son scepticisme quant au continent africain qui manque « d’infrastructures », et où tout travail serait « très difficile ». On sent chez lui un mépris à l’égard de ces pays, qui n’est pas sans rappeler ses remarques racistes présentes dans de nombreux mails aujourd’hui dévoilés.
Promouvoir l’industrie de défense israélienne
Lui préfère évoquer le Kazakhstan, où il se rend régulièrement comme l’attestent également les Epstein files. Ce pays issu de l’ex-giron soviétique représente, selon lui « 80 milliards de dollars de richesse souveraine » et a l’avantage de vouloir « faire partie du monde occidental » et être « intégré au système financier ». Les Kazakhstanais souhaitent donc recevoir de « bons conseils » en toute « discrétion ». À cette époque, Washington cherche en effet à diminuer l’influence de Moscou dans toute cette région de l’Asie centrale. En Amérique du Sud, Epstein estime que « c’est le moment du Venezuela » : « Vous savez, Chavez va mourir bientôt. Je connais plein de gars dans le pétrole là-bas. Ce sont des réserves prouvées monstrueuses. Il y a beaucoup à faire. Une fois que Chavez sera parti, ça sera aussi le cas du système financier (…) Mais ils n’ont pas d’économie. »
À l’écoute de cet enregistrement, on comprend que Barak et Epstein envisagent de collaborer sur l’activité de conseil aux États. Et justement, dès avril 2013, Ehud Barak tout juste sorti du gouvernement israélien, se rend en Mongolie pour conseiller le pouvoir local. L'objectif principal de cette rencontre est de promouvoir l'implantation de l'industrie de défense israélienne sur le marché mongol, tout en recherchant des opportunités commerciales pour les clients de son cabinet de conseil. Au cours de sa visite, l’ancien Premier ministre israélien a visité le Centre d'entraînement des forces d'opérations spéciales près d'Oulan-Bator. Jeffrey Epstein, bien qu'absent physiquement, a joué un rôle déterminant dans la coordination des événements en coulisses, comme de nombreux mails dévoilés dès septembre 2025 par les journalistes de Drop Site News le montrent. Pour la Mongolie, en plus d’Epstein, Ehud Barak travaille aussi avec le diplomate norvégien Terje Rød-Larsen, Larry Summers et Kevin Rudd, l’ancien Premier ministre australien.
Durant sa visite, Ehud Barak envoie aussi un mail à l’oligarque russo-israélien Viktor Vekselberg, lui demandant de s’entretenir d’urgence avec lui par téléphone. Dans les jours précédant son voyage, Barak avait négocié un contrat de conseil pour développer les secteurs de l’énergie, des mines et d’autres opportunités industrielles pour le conglomérat Renova Group de Vekselberg. Le 28 avril, Barak écrit à Vekselberg : « Je suis en Mongolie. J’ai déjà rencontré la plupart des dirigeants, du président jusqu’aux échelons inférieurs, ainsi que plusieurs hommes d’affaires… J’ai une idée qui pourrait s’avérer utile. »
Cette activité de conseil aux États ne permet pas uniquement à Ehud Barak de faire fructifier son business et celui de ses amis. Quatre ans plus tard, tous ces voyages-discussions ont permis la signature d’un accord de sécurité entre Mongolie et Israël, jetant les bases d’une coopération dans le domaine des services d'urgence avec, en prime, l'intégration de technologies israéliennes de pointe au sein des services d'urgence mongols.
Cet accès privilégié aux plus hautes autorités d’États permet de « faire beaucoup d’argent », assure Barak à Summers et Epstein. De son côté, l’ancien président d’Harvard, économiste de formation, explique qu’il a développé une activité de conseils auprès de fonds de haute technologie. Après une heure et demi de discussion, Summers prend congé de ses deux amis : « Je l’aime beaucoup. C’est un homme sophistiqué, confie Barak à son hôte. Qu’est-ce que tu en penses ? Il a l’appétit d’y aller ? ».
« Cette personne me doit une faveur »
Désormais, la discussion entre lui et Epstein se porte exclusivement sur la meilleure manière pour l’ancien Premier ministre de faire beaucoup d’argent en peu de temps. « Vous allez faire beaucoup d’argent. Vous allez faire beaucoup d’argent. Vraiment beaucoup (…) la question est de savoir à quel endroit vous le ferez », assure Epstein. Pour aider Barak, le financier n’hésite pas évoquer ses amis milliardaires comme l’Américain Tom Pritzker ou le Britannique Ian Osborne, qui semble conseiller Samsung pour 3 millions d’euros. Epstein demande alors à Barak de faire son « bilan personnel en termes de compétences ». Non sans une dose de paternalisme, Epstein semble doué pour « manager » les leaders politiques du type d’Ehud Barak : « Quels sont vos véritables atouts ? Quel est votre point faible ? L’un de vos points faibles est votre âge : 71 ans. Vous ne pouvez donc pas vous permettre d’être dans un secteur qui met vingt ans à être rentable (…) Nous devons générer des profits dans les trois prochaines années.»
Selon les dires d’Epstein, Pritzker conseille à Barak d’établir une liste des gens qui lui sont redevables dans son parcours : « Il a dit qu’il voulait vraiment que tu fasses cette liste : “Cette personne me doit une faveur. Cette personne me doit la vie. Cette personne me doit son travail. Cette personne me doit quelque chose” ». De son côté, Osborne y va aussi de ses conseils par l’intermédiaire de son ami Epstein : « Il a dit qu’il y avait une société qui s’appelait Lookout. Il a dit qu’il t’en avait parlé. Il pense qu’ils te paieront quelques millions de dollars pour siéger au conseil d’administration.»
Epstein propose ensuite à Barak de lui faire rencontrer Peter Thiel, fondateur de Palantir, une société spécialisée dans la data et qui travaille déjà pour une partie des services de renseignement américain : « Peter Thiel est l’un des meilleurs. Je ne l’ai jamais rencontré. Il va venir la semaine prochaine », explique alors le financier qui investira dans les années suivantes 40 millions de dollars dans une firme de capital-risque co-fondée par Thiel comme l’a révélé le New York Times en juin dernier. Dans ce domaine stratégique du financement des nouvelles entreprises de la tech, Epstein conseille également à Barak de rencontrer les fondateurs d’Andreessen Horowitz (connu sous le numéronyme a16z), l’un des fonds de capital risque les plus stratégiques de la Silicon Valley, qui « paient Larry des millions d’euros par an ».
Ces conseils semblent avoir été suivis à la lettre : en 2018, Ehud Barak co-fonde, avec des fonds apportés par a16z, la société Toka, connue pour proposer des solutions cyber offensives auprès des États, notamment Israël (à ce sujet, lire notamment cet article de Haaretz : « This ‘Dystopian’ Cyber Firm Could Have Saved Mossad Assassins From Exposure »). Sous la houlette de l’administration Trump, le fonds a16z a également participé à la prise de contrôle de la filiale américaine de TikTok, le réseau social chinois.
« Tony Blair touche 5 millions de JP Morgan »
Autre piste pour Ehud Barak et son « avenir » : celui-ci fait état à son ami Epstein de discussions qu’il a entamées ces derniers mois avec une banque suisse sans la nommer. Comme je l’ai déjà rappelé, le système bancaire suisse dans son ensemble est alors dans le viseur des autorités judiciaires américaines qui multiplie les enquêtes contre des établissements financiers sur des soupçons d’évasion fiscale et de blanchiment d’argent. « Ils ne veulent pas travailler avec les Américains », confie Barak à Epstein mais il ne lui donne pas d’autres éléments sur l’identité de la banque. « Toutes les grandes banques suisses de ce type ont fait l’objet d’enquêtes. La question est donc de savoir si elles ne le sont plus, expose Jeffrey Epstein. La question à poser aux banques est la suivante : avez-vous déjà traité avec des Américains ? Si elles ont traité avec des Américains par le passé, elles font l’objet d’une enquête. Toute personne ayant eu affaire à un Américain fait l’objet d’une enquête ». Le financier et pédocriminel américain est d’autant plus conscient de ces enjeux qu’il entre en négociation à cette époque auprès du groupe bancaire Edmond de Rothschild présent à Genève pour proposer ses propres conseils.
De son côté, Ehud Barak commencera à travailler à l’été 2013 pour le groupe zurichois Julius Baer. On ne sait pas si les conseils de Jeffrey Epstein ont porté ses fruits : « Il est important que la première offre soit élevée. Supposons donc qu’ils proposent 3 millions de dollars. Tony [Blair, ndlr] touche 5 millions de JP Morgan. JP Morgan est une structure bien plus importante, la plus importante. On sait donc que l’offre ne dépassera pas cinq millions. Le montant se situera donc entre un et quatre millions. Entre un et quatre millions. Voilà le chiffre réel. Si l’on croit que vous avez de nombreuses autres options, je pense que l’offre sera différente (…) Voilà le vrai chiffre. Donc, s’ils pensent que vous avez beaucoup d’autres options, je pense qu’ils vous proposeront un million et demi, voire deux, pour commencer, et on négociera ».
Concernant Tony Blair, Ehud Barak semble avoir d’autres informations sur son activité de conseil aux États : « Je crois que Tony Blair, par exemple, reçoit probablement 11 millions par an du gouvernement kazakhstanais juste pour les conseiller ». Mais Epstein le coupe et assure que « Tony reverse une partie de l’argent à quelqu’un d’autre parce que j’entends parler de sommes astronomiques versées à Tony » et le financier ne croit pas qu’il récupère pour lui toutes ces sommes : « Tony ne gagne pas 30 millions de dollars par an ».
« J’ai une très bonne relation avec Poutine »
La discussion se termine sur la capacité d’Ehud Barak à ouvrir les bonnes portes pour ses futurs clients, et notamment auprès des chefs d’État. Il explique alors à son ami Epstein qu’il peut avoir un accès direct au maître du Kremlin : « J'ai une très bonne relation avec Poutine (…) Je peux l’aborder et lui parler d’une manière que peu de gens, je crois, osent ou se sentent libres de faire. Je le trouve toujours réceptif, très chaleureux (…) Je lui dis la vérité à son sujet et je lui parle très franchement (…) Il écoute très attentivement, il respecte cette façon de parler franchement ». Ehud Barak explique ensuite à son ami qu’il peut très facilement proposer de dîner avec Poutine. Comme le dit Epstein, cette ressource rare sur le marché du conseil s’appelle pudiquement « l’accès aux États ». À coups de millions donc…
Toujours le mélange des genres, de la raison d’État au service d’intérêts privés, avec un autre ami d’Epstein, l’ex-prince Andrew. Entre 2001 et 2011, cette figure de la monarchie britannique a assuré le rôle de représentant spécial du commerce extérieur du Royaume en président l’UK trade & investment. Dans le cadre de ses fonctions, Andrew a franchi à plusieurs reprises les lignes rouges. C’est sur celles-ci que la justice britannique a décidé d’arrêter l’ex-prince Andrew le jour de son anniversaire, le 19 février dernier, pour l’interroger. En effet, plusieurs mails dévoilés dans les Epstein files montrent que ce dernier a transmis de nombreux éléments confidentiels de l’État britannique sur le commerce extérieur à Epstein. De son côté, l’ancien ministre Peter Mandelson, figure du parti du New Labour, et autre grand ami d’Epstein, a également été arrêté pour avoir divulgué des éléments confidentiels à Epstein.
Outre-manche, l’affaire prend donc une tournure particulière : la justice et la presse soupçonnent clairement les agissements passés du financier et du pédocriminel comme des actes de compromission de la sécurité nationale. Et tout complice pourrait être accusé de haute trahison. En attendant, le scandale ébranle le gouvernement de Keir Starmer, qui démissionne son chef de cabinet pour tenter l’extinction.
Les visites d’Andrew à Kadhafi, Nazarbaïev et Aliyev
Sur le volet financier de l’affaire, les alertes ont pourtant été nombreuses concernant l’ex-prince Andrew, comme le rappelle l’historien Andrew Lownie spécialiste de la famille royale, et auteur d’un ouvrage choc publié l’été dernier. En septembre 2007, la propriété de Sunninghill, offert à l’origine par la reine Elisabeth II à son fils, a été vendue pour 15 millions de livres (alors que le bien avait été mis en vente à 12 millions) à un magnat du pétrole du Kazakhstan qui n’est autre que le gendre de l’autocrate Nazarbaïev. Un an plus tard, Andrew fréquente un trafiquant d’armes libyen déjà condamné, Tarek Kaituni, alors qu’il est encore le représentant du Royaume pour le commerce extérieur. Ces habitudes à l’étranger interrogent Andrew Lownie : « Pourquoi tant de visites privées au Kazakhstan ? Le cadeau d’une maison d’un million de livres sterling à Abu Dhabi cadrait-il vraiment avec ses activités de promotion du commerce britannique ? L’achat de Sunninghill Park à un prix gonflé par un acheteur étranger lui avait-il imposé une quelconque contrepartie ? »
Autre objet de polémiques : durant cette période, le prince rend également régulièrement visite à Mouammar Kadhafi et son fils Saïf al-Islam (à trois reprises entre 2008 et 2009), qui a fait ses études à Londres et qui est également un très proche de Peter Mandelson. En juin 2009, Andrew a également dépensé 60 000 livres sterling de fonds publics pour affréter un jet privé de 15 places afin de se rendre en Azerbaïdjan et y voir son ami Ilham Aliyev, l’homme fort du pays, qu’il a rencontré douze fois jusqu’à aujourd’hui.
Dans les Epstein Files, les journalistes de la chaîne publique Channel 4 ont enfin découvert qu’Epstein avait demandé en 2010 à son ami Andrew de lui organiser un rendez-vous avec Mouammar Kadhafi, un projet resté finalement lettre morte. En février 2011, ses liens avec le régime libyen avaient contraint le prince Andrew à démissionner de son poste de représentant spécial pour le commerce extérieur. À l’époque, Stephen Day, l’ancien ambassadeur britannique en Tunisie, avait écrit pour demander le licenciement d’Andrew du fait de ses relations avec des hommes d’affaires louches, « portant gravement atteinte aux intérêts politiques, diplomatiques et commerciaux de la Grande-Bretagne et de la famille royale ».
« Les secrets les plus intimes d’Andrew vendus »
Au Kazakhstan, Andrew a ainsi été invité à de nombreuses reprises par Nazarbaïev et son gendre à rencontrer des « filles mises à disposition », selon Andrew Lownie, dans des maisons privées et des boîtes de nuit. Dès septembre 2019, la presse britannique faisait état des craintes des services du renseignement du Royaume sur la possibilité que la Russie ait pu obtenir des kompromats dans le cadre de l’affaire Epstein. De son côté, Lownie cite le journaliste Ian Halperin. Selon lui, « les secrets les plus intimes d’Andrew ont été vendus à plusieurs agences étrangères, notamment les services israéliens, saoudiens et libyens sous Mouammar Kadhafi ».
Aujourd’hui, l’ampleur prise par l’affaire Epstein, avec les documents révélés par la justice américaine, ébranle jusqu’aux cénacles de la globalisation. Dans le cadre du forum économique financier mondial, Jeffrey Epstein a en effet fait jouer « ses accès » pour faire rencontrer de nombreux dirigeants entre eux, au point d’être surnommé « le concierge de Davos », comme le révèle Bloomberg. Et ce n’est pas moins que l’actuel président de Davos, l’ex-ministre des Affaires étrangères norvégien, Børge Brende, qui a dû démissionner hier, pour tenter d’arrêter les révélations ? Avec Epstein, l’establishment globalisé est touché au cœur.
Sur l’arrestation d’Andrew et l’affaire Epstein, vous pouvez visionner mon passage sur la chaîne France Info de la semaine dernière, dans le cadre de l’émission Sur le terrain présentée par Loïc de la Mornais.
À écouter, l’enregistrement de 3h30 entre Ehud Barak, Larry Summers et Jeffrey Epstein (Si vous avez des difficultés pour l’écouter, utilisez YouTube) :




Et le directeur de cabinet que Starmer a viré, McSweeney qui avait conseillé la nomination de Mandelson, selon une enquête de Pogrund et Maguire, aurait été une des personnes centrales derrière la campagne contre Corbyn, le mouvement pro-palestinien et The Canary, qui a donc permis a starmer de prendre la place de Corbyn
https://www.declassifieduk.org/morgan-mcsweeney-plot-without-precedent-in-labour-history/ .
Dropsite en parle aussi via une autre enquête, de Paul Holden: https://www.dropsitenews.com/p/keir-starmer-chief-staff-secret-campaign-demonetize-breitbart-news-fake-news .
L'affaire de la conversion au judaïsme, c'est du Atalli dans le texte.