The Big Picture

The Big Picture

EXCLUSIF – Qui a fait disparaître le coffre-fort d’Alexandre Benalla (et comment)

Révélations sur l’enquête policière sur la mystérieuse disparition en 2018 du coffre de l’ex-chargé de mission de l’Élysée. Malgré de nombreux éléments, la justice a décidé en 2024 d’un non-lieu.

Avatar de Marc Endeweld
Marc Endeweld
janv. 28, 2026
∙ Abonné payant
Selon l’enquête policière, le coffre d’Alexandre Benalla qui a disparu peu de temps avant la perquisition à son domicile est ce modèle FP-HSB105 (50 cm de haut).

Cela reste l’un des principaux mystères de l’affaire Benalla : la disparition dans des circonstances rocambolesques du coffre-fort personnel de l’ancien chargé de mission de l’Élysée quelques temps avant une perquisition des policiers à son domicile. On est le 20 juillet 2018, à 20h10, les policiers de la BRDP (Brigade de la Répression de la Délinquance à la Personne) montent au premier étage d’une résidence non loin des bords de Seine à Issy-les-Moulineaux (Hauts-de-Seine), banlieue bourgeoise de l’Ouest parisien. Ils sont accompagnés d’Alexandre Benalla qu’ils ont mis en garde-à-vue depuis le matin. Mais ce dernier n’a pas les clés de son appartement et refuse d’aider les enquêteurs pour entrer en relation avec sa femme. Sur place, ces derniers sont incapables de trouver un bélier suffisamment puissant pour enfoncer la porte (celle-ci serait équipée d’un dispositif de sécurité particulier), et ne jugent pas utile d’attendre un serrurier. Après 45 minutes d’attente, ils reçoivent l’ordre de poser des scellés sur la porte et de revenir le lendemain matin.

Quand ils entrent enfin dans l’appartement, le coffre-fort n’y est pas. Aux enquêteurs qui l’interrogent, Benalla évoque une armoire forte qui « a dû être emmenée dans un lieu sûr par une personne, mais ce n’est pas moi qui me suis occupé de cela »1. Il justifie ce déplacement pour des raisons de sécurité, ce coffre renfermant, selon lui, des armes qu’il détient légalement mais qu’il ne souhaite pas laisser à son domicile alors « assiégé » par des journalistes. Deux jours plus tôt, Le Monde a révélé que celui qui est en poste à l’Élysée avait molesté un couple de manifestants le 1er mai sur la place de la Contrescarpe dans le 5ème arrondissement de Paris.

Pour ces faits – violences volontaires en réunion et immixtion dans la fonction de policier – mais aussi pour avoir frauduleusement usé de ses passeports diplomatiques après son licenciement de l’Élysée, et porté illégalement une arme en 2017, Alexandre Benalla sera condamné en appel à trois ans d’emprisonnement dont un an ferme sous bracelet électronique2.

Panique à l’Élysée et exfiltration de la famille

En attendant, suite à la publication de l’article du Monde, la panique gagne l’Élysée. En étudiant les « fadettes » des différents conseillers au palais, les policiers s’aperçoivent que dans la nuit du 18 au 19 juillet 2018, le conseiller com’ Ismaël Emelien est le principal interlocuteur d’Alexandre Benalla. Dans la même nuit, Benalla échange aussi énormément avec Ludovic Chaker, chargé de mission auprès du chef d’état-major particulier du président et « responsable des opérations » au cours de la campagne présidentielle.

Pour Alexandre Benalla, la tension monte d’un cran le lendemain : « Le 19 juillet, ma femme m’a appelé pour me dire qu’il y avait plein de journalistes devant la maison et dans le couloir qui mène à mon domicile », déclare-t-il lors de son interrogatoire de première comparution, avant de préciser avoir « demandé à un ami d’aller chercher [sa] femme et de récupérer tout ce qui pouvait être volé, des objets de valeur et notamment les armes ». Cet ami, c’est précisément Ludovic Chaker3, comme je l’avais dévoilé dès avril 2019 dans Le Grand Manipulateur. Le conseiller élyséen finira par le reconnaître devant les policiers de la brigade criminelle. Par contre, face aux mêmes policiers, il nie avoir déménagé le coffre et même l’avoir seulement aperçu lors de son déplacement au domicile d’Alexandre Benalla.

Ce 19 juillet, Chaker va mettre à l’abri des journalistes la compagne d’alors de Benalla, Myriam B., et leur bébé, dans un appartement de la chic avenue Foch, dans le 16e arrondissement, appartenant à une discrète femme d’affaires, Pascale Jeannin-Perez, qui fréquente de nombreux responsables politiques, tant Dominique de Villepin que Gabriel Attal ou Stéphane Séjourné. Vivant principalement entre Genève, Londres et Dubaï, Jeannin-Perez travaille comme intermédiaire pour des sociétés en Afrique et dans le Golfe, après avoir longtemps été une cadre dirigeante du groupe Derichebourg, spécialisé dans la collecte des déchets.

Bien en amont de la campagne de 2017, cette proche d’Alexandre Djouhri a également su devenir une amie du couple Macron. Le 14 juillet, quatre jours avant l’article du Monde sur Benalla, Pascale Jeannin-Perez se trouve à l’Élysée en compagnie de son ami Tom Cruise, alors en visite à Paris. Ce jour de fête nationale, ces deux-là ont droit à une visite privée du palais aux côtés du président Macron, de son épouse Brigitte et d’Alexandre Benalla. Quelques jours plus tard, la femme d’affaires explique au Monde avoir aidé le couple Benalla par « humanité » et dément formellement à Libération tout lien avec le coffre-fort : « J’ai accepté d’organiser le logement de la compagne de M. Benalla et de leur bébé en juillet pour environ huit jours. Mais je n’ai jamais été impliquée ou informée du mystère du soi-disant coffre. »

Le « contenu imaginaire » du coffre et un non-lieu

Il faudra sept mois pour que la justice ouvre une enquête sous le chef d’entrave à la manifestation de la vérité, confiée à la brigade criminelle de Paris. Puis, le 5 novembre 2019, une information judiciaire (avec la nomination d’une juge d’instruction) est ouverte du chef de soustraction de document ou objet concernant un crime ou un délit en vue de faire obstacle à la manifestation de la vérité. Cette instruction n’aboutira jamais. Le 27 juin 2024, une ordonnance de non-lieu est rendue par la magistrate instructrice qui s’est rangée derrière les réquisitions du ministère public. « Le contenu des coffres déplacés du domicile d’Alexandre Benalla susceptibles de contenir des éléments de preuve dans le cadre des enquêtes ouvertes à son encontre n’a pu être établi avec certitude », estime le parquet de Paris. Pour l’avocate de Benalla, Me Jacqueline Laffont, « Il était (…) absurde de poursuivre Alexandre Benalla pour le contenu imaginaire d’un coffre ».

Les investigations policières ont pourtant amené les enquêteurs à rassembler de nombreux éléments, notamment dans le déroulé des événements (en formalisant une chronologie très précise). Les multiples auditions de témoins, mais aussi les bornages systématiques des téléphones des différents protagonistes ont permis aux policiers de recouper les versions des uns et des autres, et de mieux comprendre comment et dans quels lieux a pu être déplacé le coffre-fort d’Alexandre Benalla durant plus de trois mois. L’enquête a pu également infirmer certains faits publiés dans la presse tout en en confirmant d’autres. Le rôle des uns et des autres est précisé. L’un d’eux, déjà cité comme faisant partie de l’entourage de Benalla, apparaît pour la première fois dans ce volet de l’affaire concernant le coffre-fort.

Tous ces éléments sont consignés dans un compte-rendu judiciaire de l’enquête que j’ai pu consulter. J’en publie ici de nombreux détails en exclusivité, et dévoile l’énergie et les moyens qu’il a fallu pour déplacer un coffre-fort au « contenu imaginaire ».

Un coffre de 50 cm de hauteur et de 18 kilos

Avatar de User

Continuez la lecture de ce post gratuitement, offert par Marc Endeweld.

Ou achetez un abonnement payant.
© 2026 Marc Endeweld · Confidentialité ∙ Conditions ∙ Avis de collecte
Lancez votre SubstackObtenir l’app
Substack est le foyer de la grande culture